Lettre d'information transatlantique n° 6

Europe – USA : les négociations sont officielles

Le 13 février dernier, les Etats-Unis et l’Union européenne ont annoncé le lancement de négociations politiques en vue de créer un marché transatlantique. Ce projet jusqu’ici officieux, porté dans l’ombre par des lobbies marchands et discuté dans des comités politiques restreints, est donc apparu au grand jour. L’occasion pour la plateforme de sortir du bois pour alerter les médias et faire le point sur les coulisses de l’actualité.

Des médias sans esprit critique…

Dès l’annonce officielle, une large majorité de la presse francophone s’est montrée enthousiaste, reprenant à son compte la doctrine officielle : si les « barrières au commerce » tombent, la relance économique sera au rendez-vous, créant de l’emploi, rendant confiance aux consommateurs et lançant un nouveau cycle vertueux capable de nous sortir de la crise.

Pour contrer ce point de vue aussi naïf qu’unilatéral, la plateforme a agit rapidement, rédigeant coup sur coup :

Envoyés aux journaux francophones de Belgique, ce regard critique sur les enjeux transatlantiques n’a malheureusement pas eu d’écho dans la presse. Pourtant, nous y faisions le lien entre le « libre-échange » et d’autres sujets d’actualité, comme le comportement voyou d’ArcelorMittal (à Florange et à Liège) ou la crise de la viande de bœuf chevaline. C’est dire s’il y avait de quoi susciter la curiosité des journalistes. Mais à de rares exceptions près (comme L’Humanité en France), aucun média n’a voulu s’aventurer au-delà de la propagande officielle, pour explorer les conséquences néfastes d’un marché transatlantique.

C’est dire l’importance de mobiliser sur ce sujet, ce qui passe par un travail de sensibilisation et d’information rappelant les coulisses, mais aussi les dangers démocratiques, écologiques et sociaux que provoquerait la naissance d’un marché plus unifié entre l’Europe et les Etats-Unis. Ce que vient de faire le site de débat et d’information critique sur les enjeux socioéconomiques : Econosphères.

Econosphères informe sur les coulisses du marché transatlantique

Récemment, deux chercheurs (signataires de notre plateforme) viennent d’y publier Europe-Etats-Unis : chronique d’un mariage arrangé.

Dans cet article, Ricardo Cherenti et Bruno Poncelet démontent le discours médiatique présentant les négociations transatlantiques comme le fruit d’une initiative « récente et spontanée » de Barack Obama et de la Commission européenne. En lieu et place, les auteurs reviennent sur les coulisses des négociations en concentrant leur attention sur l’année et demie qui vient de s’écouler. De l’influence du Transatlantic Policy Network (un lobby mi-affairiste, mi-politique) au parti-pris idéologique des autorités, leur analyse dévoile le dessous des cartes.

Un dessous des cartes pour le moins inquiétant, lorsqu’on entend les négociateurs officiels (dont le commissaire européen Karel de Gucht) annoncer que l’objectif est d’aboutir à des lois « économiques » unifiées au niveau transatlantique, mais aussi d’empêcher (à l’avenir) l’apparition de nouvelles « divergences législatives » entre l’Europe et les Etats-Unis.

Des « divergences législatives » qui ne tombent pas du ciel, mais résultent de choix de société évoluant au gré des résultats électoraux. Les supprimer, c’est donc s’attaquer frontalement à la démocratie !

Sensibiliser et relayer l’information

Nous sommes à présent un peu plus d’un millier de personnes et quelques dizaines d’organisations à avoir rejoint la plateforme. Pour avoir répondu aux différentes consultations publiques sur le marché transatlantique (dont nous vous avons parlé l’année passée), nous sommes également connus des autorités en charge des négociations transatlantiques.

C’est bien, mais insuffisant pour faire entendre notre voix dans les médias et peser réellement dans les débats politiques.

Pour renforcer notre crédibilité, nous devons continuer à mobiliser et faire connaître les enjeux du marché transatlantique à davantage de personnes et d’associations. Nous nous y employons, dans la mesure de nos moyens.

Si vous voulez apporter votre pavé à cette contestation, n’hésitez pas à relayer auprès de vos amis les informations que vous jugez utiles, et notamment :

De notre côté, nous allons continuer à sensibiliser et dénoncer ce projet de « libre-échange »… synonyme de libertés accrues pour les firmes multinationales, qui ont de moins en moins de gêne à afficher leur mépris de la concertation sociale, des procédures démocratiques mais aussi de la qualité des produits qu’ils vendent à celles et ceux qui les font vivre : les consommateurs.

Plus que jamais, l’indignation est nécessaire, comme le disait Stéphane Hessel qui avait rejoint notre plateforme et vient de nous quitter.